« – Bonjour, moi c’est Angie, dis-je, sentant monter le rouge aux joues, alors que je devenais le centre d’intérêt de la salle entière.

Une douzaine de paires d’yeux se posèrent sur moi.

– Bonjour Angie, répondirent à l’unisson tous les autres membres des Livrophages Anonymes.

La plupart d’entre nous souffraient d’achats compulsifs, certains allant jusqu’à la ruine et au surendettement à force de craquer sur de trop nombreux romans. Le cas le plus spectaculaire et dramatique étant celui de Martin F. qui était devenu SDF suite à un trop grand entassement de livres. Il n’arrivait plus à pénétrer dans son appartement et ne pouvait pas se résoudre à se séparer de ses trésors.

Nicole D., elle, n’aimait pas les livres. Elle en avait peur. Elle tentait de soigner sa bibliophobie en fréquentant notre petit cercle.

Jérome B. lui, souffrait de Tsundoku, quelle drôle de maladie que de s’entourer de montagnes de livres sans jamais les ouvrir…

Marine L. était abibliophobe, craignant toujours de se trouver à court de lecture.

Et moi ? Probablement un mix de tout ça — à part la bibliophobie que j’avais vraiment du mal à concevoir. Et puis aussi, et jusqu’à présent aucun mot n’avait été inventé pour désigner le mal dont je souffrais, j’avais peur que les livres ne disparaissent. Du coup je m’étais donnée pour mission d’en entasser le plus possible sur ma liseuse et mes bibliothèques. Je voulais sauver les mots, et le cas échéant, faire un musée avec ceux que j’aurais pu récupérer.

Vous conviendrez que j’étais loin d’être la plus cinglée de ce groupe de fêlés… »

Angie Le Gac – Décembre 2019.

 

 

(Photo by Eugenio Mazzone on Unsplash)