Une présentation rapide pour ceux qui n’auraient pas le plaisir de te connaître ?

Je suis un auteur de romans, principalement. J’en ai publié 16 (enfin, je crois !) sous mon nom et sous un pseudo. Mais j’écris aussi des nouvelles et fais de la photo (j’ai deux livres de photographies à mon actif et un agenda). Enfin, j’ai publié récemment le premier ouvrage francophone grand public consacré à l’acteur américain Montgomery Clift.

 

Petit, Sébastien voulait devenir :

Acteur ou chanteur ! J’ai fait les deux, mais non de manière professionnelle ! Ce qui me fait dire que lorsque je veux quelque chose, en général, je l’obtiens !

 

En fait, il a écrit des livres. Comment est-ce arrivé ?

L’écriture et moi, c’est une longue histoire. J’ai commencé à coucher des mots sur le papier à l’âge de 8-9 ans. En réalité, c’était plus proche du journalisme : je prenais des feuilles A4 que je coupais en quatre et que j’agrafais afin de réaliser un petit livre. Je confectionnais une Une, puis, à l’intérieur, j’écrivais des petites histoires, dessinais des BD, mettais des photos que je faisais… Puis ça s’est professionnalisé (sourire), puisque j’ai commencé à rédiger de vrais articles sur la nature, l’écologie, mais aussi sur la musique. J’avais même créé mon Top 50 à moi !

En parallèle, durant l’adolescence, je me suis mis à la poésie. J’ai écrit près de 200 poèmes en 3-4 ans. C’était réellement le moyen pour moi de m’évader et d’exprimer les choses que je ne pouvais dire oralement, j’étais tellement timide et réservé. Je souffrais énormément. L’écriture m’a sauvé, réellement.

 

Tu écris des romans que l’on peut classer dans diverses catégories, laquelle a ta préférence et pourquoi ?

J’ai un faible pour le roman chorale, celui qui réunit tout plein de personnages. Officiellement, s’il fallait me classer, je choisirais le rayon littérature blanche, c’est l’essentiel de ma production et c’est aussi ce qui me plaît le plus.

 

Sébastien en train d’écrire ça donne quoi ? (Tenue, lieu, fond sonore, habitudes…)

L’option « Sébastien à poil sur une île déserte » n’étant pas disponible, j’opte le plus souvent pour un moins sexy, mais plus réaliste et confortable « Sébastien chez lui devant son ordinateur en pyjama ou en jean » (mais jamais à poil !). J’adore le silence, donc sans musique ni fond sonore. Et je n’ai pas d’habitude. Mais j’apprécie de plus en plus l’écriture hors de chez moi. J’ai enchaîné quatre résidences d’écriture en quatre ans. Travailler dans un lieu vierge, sans histoire, tout du moins personnelle, induit une dynamique d’écriture autre, parfois influencée par l’histoire du lieu. Par exemple, j’ai écrit un épisode se déroulant dans un monastère (et inclus des moines dans mes personnages) durant ma résidence au Monastère de Saorge (Alpes Maritimes). De même à Ouessant (Finistère). J’étais logé dans un sémaphore et j’ai inventé l’histoire d’un gardien du phare voisin. Une résidence permet d’obtenir une concentration optimale et est parfois source d’une belle et fulgurante inspiration !

 

La procrastination et toi ?

Ouh là, ça aussi, c’est une lonnnnngue histoire !!! Mais je me soigne ! L’écriture requiert une réelle discipline. Sinon, ce n’est pas la peine, on passe quinze ans à écrire trois pauvres chapitres !

 

Qu’est-ce qui nourrit ton imaginaire ?

Absolument tout ! Une idée de roman peut partir d’un rien. Une odeur par exemple ! C’est ainsi qu’est né Louxor Paradise. En l’occurrence, c’est parti du souvenir d’une odeur, celle de l’air quand j’étais sur un bateau de croisière sur le Nil. Cela m’a donné une idée de départ. Et finalement l’odeur en question, je n’y consacre que cinq lignes en tout et pour tout ! Souvent ce qui me nourrit, ce sont les faits divers ou des scènes dans des films ou des romans, scènes que j’ai envie de développer. Plus rarement, c’est ma propre expérience qui fait naître une idée de texte. Le début de J’étais vivant et je ne le savais pas, je l’ai vécu.

 

A quel moment (ou lorsque quelles conditions sont réunies) penses-tu tenir une bonne idée d’histoire ?

Quand je décide de l’écrire, je veux dire : quand je suis devant mon écran et que je tape les premiers mots de mon roman. Je ne me lance jamais dans un projet pour lequel je suis moyennement emballé.

 

Es-tu plutôt architecte ou randonneur (avec ou sans plan) et quelle est ta méthode d’écriture (premier jet, correction, bêta-lecture).

Définitivement  architecte. La randonnée, je la réserve à mes loisirs ! Avant de me lancer dans un roman, j’ai sa structure et je sais tout de mes personnages. Parfois je fais un plan avec un résumé de chaque chapitre. Cela ne veut pas dire que je ne me laisse pas surprendre par l’inattendu. Mais l’inverse ne me semble pas possible, personnellement : si on ne se laisse conduire que par l’inattendu, on n’a pas le roman en mains, et je ne pense pas que soit le texte qui doit dominer la situation et l’auteur. Quant à la construction, oui, il y a donc un premier jet, une première lecture intégrale et des corrections. Ensuite, je laisse reposer quelques semaines, voire des mois. Puis, je m’y remets. Ensuite, je donne mon texte à un ou deux bêta-lecteurs. J’attends sagement – mais impatiemment – leur retour. Une fois le retour fait, je réécris mon texte si besoin, je le relis, je fais les ultimes corrections et j’envoie aux comités de lecture.

 

Quel est ton premier lecteur ?

Le premier à avoir lu un de mes livres ? Aucune idée ! Il y a vingt ans, il n’y avait pas Internet, c’était moins facile d’avoir des retours. Parfois, c’était ma maison d’édition qui m’envoyait des courriers qu’elle avait reçus à mon attention. Puis il y a eu Internet, les mails, les forums… Là, je commençais à voir qui me lisait.

J’ai une anecdote par rapport à la question du premier lecteur. Mon premier texte publié par une maison d’édition (On ira (presque) tous au Paradis chez H&O) n’est pas un livre personnel, mais une commande. Néanmoins, il aborde des sujets, avec humour, qui me tenaient à cœur à l’époque, comme la recherche de l’amour, la question de l’identité, le coming out… Longtemps après, j’avais reçu un commentaire d’un lecteur me disant que mon livre avait été important dans sa vie. Cela m’avait touché. Et puis, au fil des ans, j’ai découvert que pas mal de personnes que je ne connaissais pas à la sortie du livre et qui étaient désormais des proches avaient lu ce livre. Troublant sentiment !

Mais la question était peut-être celle du premier lecteur d’un manuscrit fraîchement écrit ? Si, c’est ça, ce sont mes bêta-lecteurs. Je devrais dire « bêta-lectrices », car il me semble bien que ce ne sont que des femmes !

 

Un conseil à un auteur débutant ?

Ce sera un conseil qu’on ne veut pas entendre quand on est auteur débutant (et je sais de quoi je parle!) : soyez patient et surtout, surtout n’hésitez pas à réécrire une, deux, trois, dix fois votre texte ! Ah, et écoutez les conseils de vos premiers lecteurs ou des professionnels !

 

Te souviens-tu du nombre de livres que tu as écrit ou bien dois-tu compter sur tes doigts ? (Combien ?)

Je commence à avoir du mal ! En même temps, je ne me simplifie pas la tâche en publiant sous mon nom, sous un pseudo, et des projets allant du roman au recueil de nouvelles en passant par l’essai cinéma ! En matière de publications, on doit être à 20-21…

 

Un modèle dans le monde littéraire ?

Plein ! Mais principalement Marcel Proust et Armistead Maupin. Tous deux ont réussi, en faisant appel à une myriade de personnages, à restituer tout le panel de la psychologie humaine. Avec sensibilité pour l’un et beaucoup d’humour pour l’autre. J’essais d’insuffler l’un et l’autre dans mes romans.

 

Tu peux boire un café et papoter avec la personne de ton choix (célèbre ou pas, même si elle n’est plus de ce monde), qui choisis-tu ?

Sans hésiter : Montgomery Clift ! (oui, je sais, trop facile !) Ce devait être un homme passionnant, et je dis bien « homme », pas acteur. J’ai assez étudié son travail pour savoir que, sur ce plan là, il était éblouissant.

 

 

( Sébastien a écrit une magnifique Bio sur Montgomery Clift que vous pouvez commander ici, ou acheter dédicacée sur les nombreux salons auquel notre auteur participe chaque année )

 

As-tu une tendresse particulière pour l’un de tes personnages ? Si oui lequel et comment l’expliques-tu ?

J’aime beaucoup cette question ! J’ai une tendresse particulière pour Arsène, le héros de mon premier vrai roman, Rue des Deux Anges. Un jeune homme qui me ressemblait énormément. Mais j’aime tous mes héros, surtout les êtres blessés, et je pense à Anna, l’héroïne de Anna t’aime, une femme qui aime sans être aimée en retour. Qui n’a jamais connu cela ?

 

L’île déserte. Juste trois livres, lesquels ? Et Vendredi est un de tes personnages, lequel ?

Le mythe absolu, du moins pour moi ! J’aime cette idée d’île déserte, du reste c’est une quête pour moi, en tant qu’homme. Avoir la paix ! Et je l’ai approché ce rêve en passant trois mois dans un sémaphore à Ouessant. * Bien sûr, l’île n’est pas  déserte, et encore moins en été quand j’y séjournais ! Mais je m’égare… Trois livres ? Tu n’as pas une autre punition ? Peut-être Un Homme accidentel de Philippe Besson, Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo, L’Écume des jours de Boris Vian et Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Ah, mince, cela fait quatre ! ^^

Pour ce qui est de Vendredi, il m’est impossible de ne pas songer à Adrien, le personnage central de L’amer veille (écrit à Ouessant justement). Certes, il est gardien de phare sur une île, mais surtout c’est un « bon sauvage ». D’ailleurs, c’est ainsi que les Ouessantins de mon roman l’appellent, le « sauvage ». Un homme qui a tout perdu et recherche son ombre sans trop y croire. Il se laisse bercer par le vent, en souhaitant qu’il ne soit pas trop violent.

*(La photo de couverture a été prise par Sébastien Monod, à Ouessant)

Sébastien en super héros, ça donne quoi ? (Pour quelle cause es-tu prêt à te battre)

Je n’ai pas revêtu tant d’habits que cela quand j’y réfléchis. Écolo avant même que cela ne soit devenu une mode (je l’espère non passagère !), je fais mon possible pour penser et panser la Terre. Je signe toutes les pétitions à ce sujet, et vu que je suis sur les mailing-lists, je peux te dire que j’en reçois ! J’agis à mon petit niveau. Récemment, j’ai animé un atelier d’écriture sur le thème du « Continent plastique » dans un établissement pénitentiaire.

Mais l’humain m’intéresse aussi, et surtout l’humain quand il est malmené. Depuis 2013, j’offre régulièrement mes droits d’auteur à des projets de recueils en faveur de la lutte contre l’abandon des jeunes, et cela en raison de leur homosexualité. L’association qui les aide est aujourd’hui connue, car médiatisée au regard des besoins, il s’agit du Refuge. J’ai eu l’occasion, à l’occasion de la remise d’un chèque, de rencontrer son président ainsi que son directeur, mais aussi des jeunes aidés par l’association. Ce fut un moment fort.

 

Un passage d’un de tes romans que tu aimes particulièrement.

« Il est vrai que les informations le concernant se faisaient rares. À l’inverse de son image : il était inhabituel qu’une semaine se passât sans que l’on ne vît son visage en première page d’un magazine. Contre son gré, car il n’aimait pas se confier ou parler de son travail. Cela ne faisait guère reculer les chroniqueurs qui lui consacraient des portraits souvent dithyrambiques, mais toujours approximatifs. Les maigres confessions collectées n’étaient jamais reproduites tant on accordait peu de crédit à ses propos, volontiers contradictoires. Quand un article évoquait sa cure de désintoxication suite à un coma éthylique, un autre commentait avec force détails sa retraite dans un monastère québécois. Les admiratrices amoureuses – mais les hommes n’étaient pas insensibles à sa beauté – se désaltéraient avec bonheur à cette source intarissable de révélations éditoriales romantiques ou scandaleuses, pour tout dire excitantes. Ralph Johnson était le fantasme vivant : il avait toutes les qualités bien sûr, des défauts charmants, mais mieux encore, on disait qu’il couchait avec les garçons et avec les filles.

Moi, je peux vous dire que la rumeur était fondée. »

(extrait de Avant que la vie ne nous sépare, paru aux éditions T.G.)

 

Le titre et le résumé de ton roman le plus récent (je n’aime pas dire « dernier » roman ;)) ?

Mon roman le plus récent, et c’est un scoop, s’appelle Coma. Un  scoop, car il n’est pas encore publié. Le sera-t-il un jour, d’ailleurs ? Au regard de son sujet, j’en doute… J’évoque un épisode d’internement abusif dans un hôpital psychiatrique. Des maisons d’édition ont loué ses qualités, mais ne souhaitent pas le publier…

 

Des projets ? Un scoop ?

Ah, j’ai quelque peu anticipé, le scoop est dans la réponse précédente ! (sourire) Deux romans ne sont pas encore publiés, donc j’attends avant de me lancer dans un autre. Cela ne veut pas dire que je ne bosse pas en ce moment ! Je reviens à mes premières amours, le cinéma avec un projet de documentaire qui est lancé et a été accueilli très favorablement par des professionnels du milieu du cinéma ; et le scénario d’un long métrage, oui, rien que ça ! Je travaille actuellement sur le séquencier.

 

Où te retrouver ? (Salons, réseaux sociaux, site…)

J’ai fait ma dernière dédicace de l’année il y a peu. La prochaine est prévue le 1er mars en Normandie. Mon site Internet est une page figée, une sorte de vitrine de mes publications (www.sebastienmonod.com). Pour me suivre, le mieux est d’aller sur ma page ou mon profil Facebook, ou encore sur Instagram et Twitter, facile à trouver en tapant mon prénom et mon nom !

 

Merci infiniment pour le temps que tu m’as accordé.

Ce fut un plaisir. Merci à toi !