Petite, Delphine voulait devenir :

Maîtresse d’école, chasseuse d’épaves sous-marines et Fantômette.

En fait, elle a écrit des livres. Comment est-ce arrivé ?

J’écris à peu près depuis que je sais écrire ! L’apprentissage de la lecture a été pour moi l’ouverture d’un monde immense (j’aimais déjà beaucoup les livres quand je n’étais pas capable de les lire toute seule !). Et j’ai tellement aimé lire des histoires que j’ai immédiatement eu envie d’en raconter. Mes parents ont gardé tous mes cahiers : ce n’est pas piqué des hannetons… 

Tu as plusieurs cordes à ton arc : de la littérature blanche à la jeunesse en passant par le cinéma (j’en oublie peut-être …)? Où vas-ta préférence et pourquoi ?

L’exercice du scénario, que j’ai appris sur le tas en travaillant avec des amis réalisateurs, en particulier Olivier Abbou, m’a beaucoup apporté, notamment pour les dialogues et la structure dramatique. Pour autant, mon cœur va à la littérature. Je ne fais pas vraiment de différence entre la littérature adulte et la littérature jeunesse, je travaille plus ou moins de la même manière. D’ailleurs, on retrouve mes thèmes de prédilection pour les deux publics (l’enfance et l’adolescence blessée, les secrets de famille, la solitude, l’inadaptation au monde…)
Delphine en train d’écrire ça donne quoi ? (Tenue, lieu, fond sonore, habitudes…)

L’écriture pure, c’est chez moi, au calme, assise à ma table de travail, sans musique ou, de temps en temps, de la musique de film, symphonique. En revanche, j’ai pour habitude d’imprimer au fur et à mesure (toutes les 20 pages, en moyenne) et de retravailler à la main, sur papier, et au bistrot d’en bas – extension littérale de mon bureau : tout le monde me connaît !

 

La procrastination et toi ?

On est assez copines (mais pas pour tout, quand même). Là où je procrastine le plus, c’est pour changer la housse de couette, ou les trucs administratifs !
Plus sérieusement, quand je suis « bien » dans un livre, je travaille beaucoup et de façon assez régulière. Mais je ne me force jamais : si je ne suis pas dans l’humeur nécessaire au livre, je fais autre chose (en général, je vais au cinéma ou je regarde une série. Je lis peu de romans quand je suis en écriture : l’écriture de l’autre me perturbe. Mais je me rattrape entre deux romans !)

Qu’est-ce qui nourrit ton imaginaire ?

Un peu tout, vraiment. Je fais du roman contemporain : donc l’actualité, évidemment ; les faits de société, les faits divers… Mais ça peut aussi être une phrase dans un livre, une séquence dans un film, une conversation entendue au café, une anecdote qu’on me raconte, une scène à laquelle j’assiste… ou une mésaventure vécue. L’inspiration est un patchwork de beaucoup de choses, elle vient de beaucoup d’endroits, intérieurs et extérieurs – en tout cas pour moi.

A quel moment (ou lorsque quelles conditions sont réunies) penses-tu tenir une bonne idée d’histoire ?

Je dis souvent que je suis un « diesel ». Il me faut du temps entre chaque roman (une phase de deuil, presque). Puis reviennent l’envie et le besoin d’écrire – mais pas forcément la bonne idée. Donc j’écris des bribes, qui me serviront ou pas dans le futur. Et puis, un beau jour, il y a le miracle : le bon sujet, au bon moment, avec la bonne énergie personnelle. Il y a une part de magie dans tout cela, quelque chose que je ne peux pas expliquer.

Quel est ton premier lecteur ?

J’ai quelques bons amis, tous très différents – dans leurs goûts comme dans leur vie, leur métier… – qui m’aident comme « lecteurs-tests » : ils finissent en général dans les remerciements ! En fonction du sujet du livre, et de la disponibilité des uns et des autres, je m’adapte. Mes toutes premières lectrices, sur une quarantaine de premières pages, restent mes éditrices. Mais chaque livre est différent, et ma manière de faire lire le texte aussi… Ce qui est sûr, c’est que j’ai un grand besoin de regards extérieurs, à un moment ou à un autre.

Un conseil à un auteur débutant ?

Je dis la même chose depuis toujours : lire/écrire/lire/écrire/lire/écrire. Ne pas se laisser abattre par des refus mais, au contraire, se remettre en question, recommencer, réfléchir, avancer. Ne pas s’échiner trois ans sur un premier texte s’il ne trouve pas preneur : passer à autre chose, se remettre en danger, aller de l’avant. Et, surtout, écrire ce qu’on a envie d’écrire, ce qu’on a besoin d’écrire, sans chercher à plaire à tout le monde : pour moi, on n’écrit bien qu’avec un minimum (et, idéalement, un maximum) de tripes sur la table… Bref : être sincère. Envers soi-même, et envers le lecteur.

Te souviens-tu du nombre de livres que tu as écrit ou bien dois-tu compter sur tes doigts ? (Combien ?)

Je le sais, parce qu’on me pose souvent la question ! Si je fais abstraction de deux premiers romans confidentiels (mais qui m’ont encouragée), on est à neuf : sept adultes chez Lattès, et deux en jeunesse (Rageot et Albin Michel).

Un modèle dans le monde littéraire ?

Oui et non. Des auteurs que j’admire, qui m’ont inspirée, formée, ils me viennent par dizaines, contemporains ou classiques, français ou étrangers. De modèle, non : j’espère tracer ma propre route…

Tu peux boire un café et papoter avec la personne de ton choix (célèbre ou pas, même si elle n’est plus de ce monde), qui choisis-tu ?

Trop dur. Mais je vais quand même dire David Lynch !

 

As-tu une tendresse particulière pour l’un de tes personnages ? Si oui lequel et comment l’expliques-tu ?

Je les aime tous, forcément, pour des raisons différentes – parce qu’ils sont tous une part de moi, y compris les personnages négatifs. Ils témoignent, aussi, de mon état mental à tel ou tel moment de ma vie. Même quand on fait de la fiction, on n’est jamais déconnecté de soi, en particulier quand on écrit surtout à la première personne, avec une implication psychologique et affective très importante. Si je me fais violence pour choisir, il y en a peut-être deux : Madison (« Twist ») et Clémence (« Les corps inutiles »).

 

Delphine sur l’ile déserte. Juste trois livres, lesquels ?

« La nuit remue », Henri Michaux
« Letters Home », Sylvia Plath
« Chroniques de l’oiseau à ressort », Haruki Murakami

Delphine en super héroïne, ça donne quoi ? (Pour quelle cause es-tu prête à te battre)

Je ne suis pas un écrivain politique, ou un écrivain « à message ». En revanche, je travaille évidemment avec le monde dans lequel je vis, et avec mes propres expériences. Avec le recul, il semble évident que la cause des violences faites aux femmes est au cœur de mon travail… Et la cause écologique, comme beaucoup d’autres, entre aussi, de plus en plus, en ligne de compte.

Le titre et le résumé de ton roman le plus récent (je n’aime pas dire « dernier » roman 😉 ?

Le dernier roman adulte en date : « Cœur-Naufrage » (JC Lattès), qu’on retrouve au Livre de Poche : c’est l’histoire, chorale, d’une grossesse non désirée à l’adolescence. Le plus récent est un roman ado (mais que les grands aiment bien aussi !), « Celle qui marche la nuit » (Albin Michel), un thriller dans une maison hantée.

Des projets ? Un scoop ?

Un roman pour adultes est bien avancé… A suivre, courant 2020 ou tout début 2021. Je ne peux pas vraiment en dire plus pour le moment.

Où te retrouver ? (Salons, réseaux sociaux, site…)

Je suis sur Facebook et Instagram. Pour les rencontres, je préviens toujours sur Facebook !

Merci infiniment pour le temps que tu m’as accordé.
Angie Le Gac